Le Japon est divisé, ses provinces partagées entre seigneurs assoiffés;
Chacun sous son joug aspire intimement à l’unifier,
Entraînant au nom de sa convoitise les porteurs de sa bannière
Dans les plus profonds abîmes de ce qu’on peut appeler l’enfer.
Collines jonchées d’armures contenant des corps sans contenance;
Guerriers tués pour la gloire d’étendards déchirés à l’avance;
Lieux maudits pour des temps indéfinis
Où la terre a bu le sang des enfants qu’elle a nourris.
Sur le fil de la lame
Prêt à rejoindre les ombres
A chacun de ses pas
Le samouraï affronte la mort
Pour ne point perdre le chemin
Beaucoup vendent leurs services au plus offrant
Nombreux ceux qui depuis toujours servent le même clan
Il en est pourtant qui ne désirent point de maître
Assumant tant bien que mal la subsistance de leur être.
Ceux-là utilisent leur style à des fins obscures
Ou parfois avancent en quête d’une réalisation pure.
Lorsque de tels sabres se croisent, si ce destin est leur,
Un seul peut repartir extérioriser les profondeurs de son porteur.
Le katana est médiateur entre l’âme et le corps dont il devient le prolongement ;
Le véritable bushi façonne le réel selon ce qu’il est intérieurement.
Sur le fil de la lame
Prêt à rejoindre les ombres
A chacun de ses pas
Le samouraï rencontre la mort
Et demande son chemin
Parfois un grand combattant l’est de naissance,
Génie pratiquant son art avec trop d’aisance ;
Depuis l’enfance il use de ses dons afin d’assouvir ses moindres désirs
Et jamais n’éprouve de pitié envers ceux qu’il fait souffrir.
Or dans une société où force et malice tiennent leur place
Tout homme influent cherche à protéger sa misérable carcasse
Parmi les hommes d’armes dont la maîtrise est convoitée.
Cependant dans l’intérêt le garde du corps devient l’assassin assigné.
Mais le yang équilibre nécessairement le yin
Et quelque part un vagabond en quête de vérité chemine
Aveugle que guide l’Esprit, initié par la réalité
Il comprend que son propre combat est celui de l’humanité.
La conscience et le Tout ne font qu’un
L’homme devient la pierre et le sabre, tenus par une seule et même Main.
A ce stade la convoitise n’a plus sur lui aucune emprise ;
En symbiose avec l’univers il se maîtrise pour atteindre la parfaite lumière qui jamais ne s’éteint.
Limpide comme la rivière, immobile parmi les arbres
Il puise ses forces de la terre, taillant son être dans le marbre.
Et si sa colère sous le soleil s’embrase, tel l’ouragan il se déchaîne
Foudroyant ses ennemis ; pour la justice il fait table rase, à présent insurpassable en son domaine.
Sur le fil de la lame
Prêt à rejoindre les ombres
A chacun de ses pas
Un rônin bouleverse le vide
Pour illuminer la Voie
Le soir arrive enfin après une errance quasi- éternelle
Où dans un paysage lointain les symboles des deux écoles naturelles
Se trouvent pour la confrontation de leur propre lendemain.
Le choc n’est pas immédiat, c’est dans le mental que débute et se termine le combat.
La concentration est optimale, chacun observe l’autre en détail
Prêt à percevoir l’hésitation fatale, à discerner la moindre faille,
Pour s’y engouffrer totalement et achever l’affrontement.
L’issue est décidée avant même que l’attaquant se soit engagé.
Au moment de l’impact, deux volontés de vie entrent en contact ;
En quelque froissement d’air un souffle dans le vent se perd,
Tranché en un seul et fluide mouvement.
Le sang à jamais imprègne la lame
Le guerrier fusionne avec l’âme
Délivrée dans le respect et l’honneur ;
C’eut put être lui à la moindre erreur.
Sur le fil de la lame
Prêt à rejoindre les ombres
A chacun de ses pas
Le bushi affronte la mort
Pour ne point perdre le chemin.
2002