Le penseur sait qu’il n’est qu’un instrument dont l’intelligence est l’instrument. Elle lui permet de faire les liens justes afin de se mettre à la disposition de l’Existence, et ainsi de savoir comment mener son existence.
Notre intelligence est notre sens, notre balance, notre chance, notre jouissance, notre essence, notre puissance, notre danse.
Mais elle est aussi notre suffisance, notre dépendance, notre errance, notre souffrance, notre violence, notre décadence.
Le mental est un vaste courant d’énergie.
L’intelligence mal ou partiellement utilisée déroute son possesseur, alors perdu dans ce flux interminable, l’esprit confus.
Par contre elle accorde à son maître la clarté. Elle devient pour lui l’épée et le bouclier.
Et de même que son intelligence, cet outil, se transforme, le penseur se mute en guerrier dont l’objectif prend forme.
Il perçoit le courant, s’en extirpe, permute sa propre polarité pour s’y replonger en s’efforçant avec ses tripes de le remonter, affûtant ainsi sa volonté.
Le nouveau guerrier se doit alors d’affronter la réalité. Il voit que par-delà la confusion se présentent en lui deux voix qui trouvent leur stabilité en une permanente fusion, une incessante confrontation. Derrière chaque pensée, chaque parole, chaque acte, se fait le choix entre vivre et mourir, laisser vivre ou tuer…
Encore ivre d’illusions, le novice ouvre une porte sur l’intention. Toujours possédé par ses obsessions, il fonce sans y prêter la moindre attention ; sans passer par le sas de décompression ; impatient inconscient de la nécessaire phase de transition ; espérant être pionnier, ignorant les traditions.
Les anciens en fonction se souviennent que la fougue de la jeunesse est une des conditions du courage, auquel l’expérience va causer ses dommages : à force de coups naît la rage, qu’il faudra apprendre à maintenir en cage.
Quel dommage que l’esprit humain ait enfoui ses fondations et que ce soit dans la souffrance qu’il retienne les leçons.
Car malgré les nombreuses difficultés il ne doit pas sombrer du coté de la facilité; mais plutôt en tout point chercher à se mesurer.
La schizophrénie puise depuis le fond des âges dans le paradoxe que seuls assument les mages.
Le sage partage l’avis du fou. Le fou partage la vie du sage.
Eté 2003