DJALÂL-UD-DÎN RÛMÎ

 ~ LE LIVRE DU DEDANS ~

 

 

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Ne doute pas qu’il y ait des Soufis sur la Voie, ne doute pas qu’il y ait des hommes parfaits qu’on ne connaît pas : de même que toi tu n’es pas confident des Secrets, tu supposes que les autres ne le sont pas non plus.

 

*

 

Les prophètes sont l’Intelligence universelle. (…) Celui qui a une intelligence partielle a besoin d’apprendre, et l’intelligence universelle est l’auteur de tout ; ce sont les prophètes et les saints qui ont uni l’intelligence partielle à l’Intelligence universelle, et tous deux sont devenus une même chose.

 

*

 

La raison est bonne et désirée jusqu’à ce qu’elle te fasse parvenir à la porte du Roi. Quand tu sera arrivé, répudie-la, car, tel un brigand, la raison t’est préjudiciable et nuisible ; Quand tu arrives à Lui, n’aie plus rien à faire avec le comment et le pourquoi.

 

*

 

Le monde est fondé sur l’indifférence. Si l’indifférence n’existait pas, ce monde n’existerait pas. Le désir de Dieu, le fait de se souvenir du Jour du Jugement, l’ivresse spirituelle et l’extase sont les architectes de l’autre monde. Si tous les hommes tournaient leur face vers l’autre monde, nous irions tous vers lui et ne séjournerions pas ici. Dieu le Très-Haut veut que nous y restions afin que les deux mondes subsistent. Ainsi Il a investi deux chefs : l’indifférence et la vigilance, pour que les deux maisons demeurent prospères.

 

*

 

Si quelqu’un va d’ici à la Ka’ba en une journée ou en un instant, ce n’est ni étonnant ni un prodige. Le vent le fait aussi, il peut en un jour ou en un instant aller n’importe où. Le prodige est ce qui te transporte d’un état inférieur à un état supérieur et te fait voyager d’ici à là, de l’ignorance vers l’intelligence, de l’état inanimé à la vie. De même que tu étais auparavant poussière, puis minéral, tu es arrivé au règne végétal et tu as voyagé du règne végétal au règne du germe et de l’embryon. Et du germe et de l’embryon au règne animal, du règne animal au monde humain. Les prodiges, c’est cela. Le Dieu Très-Haut a abrégé pour toi ce voyage. Pendant toutes les étapes et les routes que tu as parcourues, tu n’avais rien dans ta conscience ni dans ton imagination t’indiquant le chemin et le but.

~ Tu es arrivé de la non-existence à l’existence / Dis-moi de quelle façon tu es venu ? Tu es arrivé ivre / Les chemins que tu as parcourus tu ne t’en souviens pas / Mais je te dévoilerai un mystère : / Bouche-toi les oreilles et ensuite écoute-moi / Laisse-là l’intelligence et ensuite comprends-moi. / Non, je ne te le dirai pas : tu es encore sans maturité / Tu es au printemps, tu n’es pas arrivé à l’été. / On t’a apporté et tu vois clairement que tu es arrivé ; de même, on t’amènera à cent autres mondes différents. Ne nie pas ces prodiges ; si on t’en informe, accepte-le.

 

*

 

Ainsi se déroulent les affaires de ce monde. Ne vois-tu pas que la paix et la douceur du printemps se transforme peu à peu en chaleur et en plantes ? Regarde les arbres, comme ils deviennent petit à petit un sourire, puis peu à peu s’habillent de feuilles et de fruits et offrent, comme les derviches et les soufis, tout ce qu’ils possèdent. Celui qui s’est hâté dans ses actions ici-bas et pour l’autre monde, et qui au début a exagéré, celui-là ne réussira pas dans ses affaires. S’il est ascète, voici comment il doit agir : s’il mange trois kilos de pain chaque jour, il doit diminuer sa portion progressivement, jusqu’à ce qu’au bout d’un ou deux ans il en mange la moitié. Il faut diminuer de façon que le corps ne s’en ressente pas. Il en va de même pour l’adoration, la retraite, la disposition à la soumission et la prière. Si on ne priait pas, quand on vient dans la Voie de Dieu, il faut d’abord observer les cinq prières quotidiennes, ensuite les augmenter jusqu’à l’infini.

 

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Le monde se fonde sur l’imagination. Tu crois que ce monde-ci est réel parce que tu le vois et qu’il est tangible, et tu appelles imagination toutes les réalités profondes auxquelles ce monde est subordonné. C’est le contraire qui est exact. L’imagination est ce monde-ci et la Réalité peut créer cent mondes semblables, qui pourrissent, se détériorent et s’anéantissent ; elle peut créer encore un monde meilleur, qui ne vieillit pas, qui est loin d’être nouveau ou vieux ; c’est ce qui en dépend qui a la qualité d’être vieux ou nouveau. Celui qui a créé ces deux choses est loin d’elles et supérieur à elles. (Le Roi de l’Amour à chaque instant octroie deux mille rayons. Je ne désire de Lui rien d’autre que de voir Sa beauté.)

Un architecte projette dans sa pensée une maison et s’en fait des images : il imagine sa longueur, sa largeur, l’estrade, la cour. Ces images ne sont pas l’imagination : la réalité sort de cette imagination et en dépend.
[…] A plus forte raison, on ne voit pas ces réalités si on n’est pas « mort avant de mourir ».

 

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Le jeûne conduit à l’annihilation, qui est le sommet de tous les plaisirs. « Dieu est avec les patients. »

 

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Les prophètes et les saints ne fournissent-ils pas de grands efforts ? Leur premier effort fut de tuer leur âme concupiscente et de renoncer aux désirs : c’est la grande guerre ; comme ils sont arrivés et se sont unis à Dieu, comme ils demeurent dans la station de la sécurité, ce qui était faux ou juste est devenu pour eux évident. (…) Ils font encore de grands efforts, parce que toutes les actions des créatures sont injustes ; ils le voient et le supportent…

 

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La voile du bateau de l’existence est la foi. Tant que la voile existe, le vent l’emporte vers un lieu important ; si la voile n’existe pas, les paroles ne sont que du vent.

 

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Quelqu’un dit : « Cet astronome déclare : « Vous prétendez qu’en dehors de ce firmament et de ce globe terrestre que nous voyons, il y a quelque chose. Pour moi, en dehors du visible il n’y a rien ; sinon, montrez-moi où se trouve cette chose. »
Le maître répondit : « Cette question est stupide depuis le début ; car tu dis : « Qu’on me montre où cela se trouve. » Or, pour cette chose, il n’y a pas de lieu. Viens, dis-moi d’où provient ton objection et dans quel lieu elle se trouve. Elle n’est pas dans la langue, ni dans la bouche, ni dans la poitrine : fouille partout, réduis ces organes en parcelles ou en atomes, et tu verras que cette objection et cette pensée, tu ne les saisis nullement dans les organes. Donc, nous savons que ta pensée n’est pas dans un lieu. Lorsque tu ne connais pas le lieu de ta propre pensée, comment connaîtrais-tu le lieu du Créateur de la pensée ?
Des milliers de pensées et d’états d’esprits passent en toi sans que tu interviennes ; ils ne sont ni dans ta possibilité ni dans ton pouvoir. Si tu en connaissais l’origine, tu pourrais les augmenter. Toutes ces choses passent en toi, et tu n’es conscient ni de leur origine, ni de leur destinée, ni de leur projet. Alors que tu n’es capable de connaître tes propres états, de quelle façon peux-tu t’attendre à connaître le Créateur Lui-même ?
Cet homme ignoble dit que dans le ciel Dieu n’est pas. O chien ! Comment sais-tu qu’il n’y est pas ? En vérité, as-tu traversé les étendues du ciel, empan par empan, et tout parcouru, pour rapporter que là il n’est pas ? Tu as dans ta propre maison une prostituée et ne la connais pas comme telle. Comment veux-tu connaître le ciel ? Tu as seulement entendu le mot « ciel » et le nom des étoiles et des sphères célestes, et tu en parles. Mais si tu connaissais quelque chose au ciel et que tu sois monté d’un seul empan vers le ciel, tu ne dirais pas ces stupidités.
Si nous disons que Dieu n’est pas au-dessus du ciel, notre intention n’est pas de dire le contraire, mais que le ciel ne Le contient pas, et que c’est Lui qui l’embrasse. Il a une relation avec le ciel, sans comment ni pourquoi, comme Il a une relation avec toi, sans comment ni pourquoi. Tout est dans la main de Sa puissance et Sa manifestation, et en Son pouvoir. Donc Il n’est pas en dehors du ciel et des êtres, Il n’est pas non plus totalement en tout cela ; ces choses ne Le contiennent pas, et Lui les embrasse toutes. […]

 

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